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REGISTRES D
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mil cinq cens trente deux, où a esté veu l'article de l'entrée de monsr le cardinal du Bellay, f° cxvl1', pour faire les preparatifz, comme il fust faict alors.
tinent a esté ordonné que mandemens seroient faictz et envoyez à ceulx selon et ainsi qu'il est accoustumé. Et pour ce faire, a esté feuilleté le registre de l'an
DCC. — Harangue faicte par mons" le Prevost des Marchans Guyot à l'Evesque de Paris.
18 mars i565. (H 1784, fol. 3oo r°.)
Et le dimenche, dix huictiesme jour de Mars mil cinq cens soixante quatre, suyvant les mandemens portez vendredy dernier, Messieurs les Prevost des Marchans et Eschevins se trouverent à six heures du matin en l'Hostel de la Ville, envoyèrent partye de leurs archers, arbalestriers et hacquebutiers pour mectre ordre à la procession'2). Et à l'heure de sept heures partirent de l'Hostel de lad. Ville, vestuz de leurs'robbes my partyes, le Greffier et les sergens devant eulx, et Messieurs les Conseillers derriere, tous à cheval; et allerent droict à Saincte-Geneviefve. Et après leurs oraisons faictes, allerent saluer led. sr Evesque estant dedans une chapelle neufve au costé du cueur, accompagné de autres evesques, pre­sidens desd. Cours et autres grands personnages, tant ecclesiasticques que de justice; et monsr Ie Pre­vost des Marchans, maistre Claude Guiot, s'appro­cha de luy et luy dict ce qui ensuict :
"Les antiens poettes et philosophes ont, par la lumiere de nature, congneu que Dieu est l'origine de toutes choses, qu'il est en tout et regne partout; ainsi l'a chanté le poète'3' : Ab JoveprincipiumMusce, Jovis omnia plena. Ainsi enseigne le philosophe Platon au nn0 de ses Loix : Certainement, dict-il, Dieu est le principe, et la fin et le meilleu de toutes choses; et non seullement les poètes et philosophes ren­dent à Dieu foy et hommaige de toute obeissance, mais aussi les grandz roys et chefz des armées, voire en la furie de leurs victoires. Alexandre le Grant, arrivant victorieulx en Jérusalem, deliberé de la mectre en ruyne et totalle destruction, quant il ap-perçut le grand pontife des Hebreux en sa crespe pontificalle, portant au front de son turban le nom de Dieu engravé en une table d'or, venant vers luy avec le peuple en robbes blanches pour l'adorer et appaiser sa fureur, luy au contraire se prosterna aux
piedz du pontife et adora le Dieu duquel il veoyoit la majesté reluyre au diadesme de ce pontife. Le Rom-main disoit par admiration de son singulier pontife : Quis procul ille autem ramis insignis olives sacra ferens (*) ? "Ainsi à bonne et juste cause, nous qui représen­tons la ville de Paris et tous les habitans cn icelle, super quos signatum est lumen vultus Domini®, vous som­mez venuz au devant faire la reverence comme à nostre vray pontife et pasteur, lieutenant de ce hault Dieu tres puissant, lequel nous recongnoissons pour auteur de nostre conservation et salut de nostre advan­cement , brief de tout nostre bien, lieutenant, dy-je, es­leu et choisi par le Roy tres chrestien, Nostre souverain Seigneur, pour vostre sapience et indicibles vertuz, ap­prouvé de tout le clergé, aymé et chery de tout le peuplé, lequel se resjouyt grandement de veoir arriver son pasteur en une si belle et notable compaignée; à ceste cause, monseigneur, soyez vous le tres bien venu à l'exaltation de celluy au nom duquel vous estes envoyé, à l'honneur du Roy, à l'amour de vostre eglise, et à la dillection du peuple à vous commis."
Led. sr Evesque le remercia bien humblement, et dict qu'il avoit prins une charge de grande impor­tance, de laquelle il ne se pourroit acquicter sans l'esperance qu'il avoit que Dieu luy assisterait et luy ayderoit.
Ce faict, Messieurs de la Ville s'en allerent at­tendre dedans les haultes chaires du cueur le parle­ment dud. sr Evesque et la venue de mond. sr le Gouverneur, qui fut environ une heure après.
A l'heure dud. partement marchèrent les premiers les Quatre Mendians et toutes les parroisses de lad. Ville, leurs croix, bannières et gens d'église.
Après, marchèrent les sergens de lad. Ville, vestuz de leurs robbes my parties et navire d'orfaverye sur l'espaulle.
(•) Voir le tome II des Délibérations du Bureau de la Ville, p. 153.
(2)   Le samedi 17 mars, le chapitre de Notre-Dame avait donné l'ordre de fermer les portes de l'église et du cloitre, dès le malin, afin d'éviter l'encombrement. (Archives nationales, Reg. cap. de Notre-Dame, LL 162, fol. io5o.)
(3)   Cette citation est empruntée à la troisième églogue de Virgile, vers 60. '•' Ce texte se trouve dans le livre VI de l'Enéide, vers 809.
(-) Ce passage est tiré du Psaume IV, vers. 7.